Grand Protecteur de la Culture Sénoufo
Excellence Monsieur le Ministre d’État, Ministre de la Défense ;
Madame le Ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation.
Monsieur le Ministre du Tourisme et des Loisirs ;
Madame la Ministre de la Culture et de la Francophonie ;
Monsieur le Ministre de la Construction et de l’Urbanisme, Président du Conseil Régional de la Bagoué ;
Vos Majestés les Chefs de Canton et village ;
Mesdames et Messieurs les Hauts initiés d’ici et d’ailleurs ;
Mesdames et messieurs les Festivaliers venus d’ici et des pays loibtains ;
Mesdames et Messieurs les cadres du Grand District des Savanes ;
Je tiens à exprimer ma plus sincère gratitude à chacun d’entre vous pour sa présence distinguée à cette cérémonie.
A présent, avec l’aval des sages et des maîtres des bois sacrés des régions du Poro, du Tchologo, de la Bagoué, du Hambol de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, de Sikasso au Mali et de Soko au Ghana, tous présents ici parmi nous ou représentés, et dans le but d’éclairer davantage cet auditoire, je voudrais à présent vous relater pour la première fois en public, l’histoire qui illustre les origines à la fois mythiques et mystiques du Poro, institution qui, depuis les temps immémoriaux, se veut un creuset de formation polyvalente et multisectorielle, destinée tant aux jeunes qu’aux adultes. Nos ancêtres nous ont en effet enseigné que, dans l’un de nos villages, la paix et l’harmonie prévalaient entre les hommes et les femmes. Un homme d’une vertu exceptionnelle en était le chef, et son autorité s’exerçait avec justice et équité. Malheureusement, bien qu’il ait atteint l’âge vénérable de plus d’un siècle, il quitta un jour la terre des vivants. L’éducation de sa nombreuse descendance devint rapidement un défi pour sa veuve devenue la matriarche.
Au fil du temps, elle prit conscience de la détérioration de l’éducation de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. C’est alors qu’une nuit, elle se rendit au cimetière pour implorer l’assistance de son époux décédé. Après plusieurs visites sur la tombe du patriarche, elle reçut, au septième jour, le message suivant : « Prends le chemin du village, je te montrerai la voie à suivre. » En revenant, et au fur et à mesure qu’elle s’approchait du village, elle entendit aux alentours de 2h du matin, un bruit qui se faisait de plus en plus assourdissant provenant d’une foule nombreuse, vibrante et pleine d’enthousiasme.
Partagée entre la peur et la nécessité d’avancer, elle grimpa sur un arbre et observa, jusqu’au matin, des créatures inconnues, les génies en pleine action. La scène d’éducation et de formation des jeunes à laquelle elle assista, est le Poro. Elle a appris de cette observation, que le Poro n’a pas d’âge. Il n’est ni ancien ni nouveau. Il est intemporel. L’adhésion y est volontaire et nul ne peut s’en prendre impunément à sa perpétuation.
Elle comprit rapidement que la mission qui venait de lui être assignée est celle de s’en servir comme mode d’éducation et d’en assurer la transmission intégrale. Outre la préparation à la vie, le Poro enseigne la cosmogonie de nos ancêtres destinée à comprendre les origines et l’évolution de l’univers, ainsi que des mythes et des récits qui expliquent la création du monde. Il s’intéresse aux différentes conceptions de la création, et explore comment différentes générations ont tenté de comprendre leur place dans l’univers. Nos récits cosmogoniques et légendaires peuvent inclure des éléments tels que des divinités créatrices, des forces naturelles ou surnaturelles, ou des événements mythiques qui marquent le début du temps et de l’existence. En somme, le Poro dans son enseignement, s’efforce de répondre à des questions fondamentales sur l’origine et la nature de l’univers. Toutes nos traditions sans exclusive, sont ouvertes à tous comme expliqué précédemment, mais une condition sine qua none pour y être coopté, est de faire preuve d’un comportement vertueux et, pour les non-Sénoufo, d’apprécier et de pratiquer de manière convaincante la culture et les traditions profanes Sénoufo.»
En conclusion et pour tout dire, le Poro est tout simplement une école, son caractère sacré et ésotérique lui sert de barricade pour en assurer la survie.
DOSSONGUI Koné
Grand Protecteur de la Culture Sénoufo
« Nos ancêtres nous ont en effet enseigné que, dans l’un de nos villages, la paix et l’harmonie prévalaient entre les hommes et les femmes. »